dimanche 5 janvier 2014

La Columbia

   
(source utilisé : juliensalsa.fr, youtube )




La Columbia, à ne pas confondre avec Colombia (Colombie en espagnol) est l'une des plus anciennes formes du complexe de la Rumba.

La Columbia, parfois appelée Tango Congo Columbia, est née dans les zones rurales de la province de Matanzas durant la seconde partie des années 1880. Au 19ème siècle, cette région joue un rôle important dans la culture de la canne à sucre. Son fort recours à la main d'œuvre africaine permet à de nombreux Congos et Lucumis de se côtoyer.


La province de Matanzas (en marronci dessus, en détail ci dessous). 

Dans un petit village du nom de Columbia, proche de Sabanilla, des groupes de chanteurs, percussionnistes et danseurs avaient l'habitude de se réunir pour se divertir et pratiquer une Rumba propre à ce lieu. Grâce à la ligne de chemin de fer qui unissait Matanzas à Unión de Reyes en passant par Columbia, construite pour faciliter le transport de la canne à sucre vers les moulins, ce genre musical va rapidement se répandre dans les hameaux desservis (Unión de Reyes, Sabanilla, Alacranes, Chucho de Mena, Jovellanos, Colón...). Après 1886, suite à l'abolition de l'esclavage, les africains affranchis se dirigent vers les faubourgs des villes. La Columbia devient alors une expression urbaine.

 

Pour nombre d'experts de la Rumba, dont le percussionniste, chanteur et historien Gregorio 'El Goyo' Hernández, la Columbia serait issue des rythmes et chants rituels du culte Abakuá. Tout d'abord, ces deux styles musicaux se jouent avec la même signature rythmique (6/8). On retrouve également des rythmiques communes. Par exemple, le rythme de la guagua est similaire à celui joué par l'erikundi (petits hochets remplis de haricots) ou la figure rythmique de la clave de la Columbia à celle de l'ekon (cloche) de l'Abakuá. Les rythmes du tumba de la Columbia et de l'Abakuá sont assez proches l'un de l'autre.
La Columbia incorpore également des aspects de musiques rituelles Congo. Selon Moliner Castañeda et Gutiérrez Rodríguez, cette forme de Rumba serait celle qui présente le plus d'influences bantoues. Certains estiment que le rythme ñongo serait un prémice de la Columbia. D'autres voient un lien avec le bembé qui a la même signature rythmique que la Columbia.





Actuellement, la Columbia est toujours pratiquée mais à Cuba uniquement. Elle s'est ouverte à des influences musicales modernes comme avec le titre Rap de Yoruba Andabo.

Les instruments.

L'ensemble percussif de la Columbia est composé de 3 tambours tumbadora ou conga. Il est communément admis que les congas dérivent des tambours de Makuta utilisés par les Congos.
Ces tambours portent les noms de :
  • salidor, tumba, tumbadora, bass ou hembra, tambour le plus grave qui maintient la rythmique ;
  • tres-dos, tres golpes, segundo, repicador, llamador, macho ou seis por ocho, tambour moyen qui complète la base rythmique ;
  • quinto, tambour le plus aigu qui improvise. Il arrive souvent que le tamborero porte aux poignets des bracelets de clochettes métalliques appelés nkembí.
L'improvisation du quinto doit suivre et marquer les pas du danseur et inversement. Quand le danseur effectue un pas, le tamborero tente de le souligner par des accentuations dans son jeu. Quand le musicien modifie le rythme, le danseur doit répondre en adaptant ses mouvements aux changements rythmiques. Une émulation naît alors de ce dialogue. Ce jeu est hérité du Maní.
Cet ensemble est complété :
  • d'une guataca (cloche ou soc de charrue) qui joue le rôle de clave ;
  • d'une guagua (morceau de bambou) frappée grâce à des palitos (baguettes) qui peut aussi être une cajita (petite caisse en bois) percutée avec des cuillères. Le rythme joué par cet instrument, souvent appelé catá, complète celui de la clave ;
  • de marugas (shakers en métal) ;
  • de chekerés.
Parfois, des claves viennent renforcer le rythme joué à la cloche.


 La structure de la Columbia

La structure de la Columbia n'a pas changée depuis son origine. C'est d'abord la cloche en 6/8 qui débute pour établir le rythme de base. Puis, les autres instruments entrent progressivement.
Le chant peut alors commencer par une introduction appelée lamento (lamentation), llorao, lalaleo, tarareo ou diana. Durant cette partie, le chanteur soliste ou gallo (qui signifie "coq"), parfois en alternance avec le chœur, prononce des sons sans signification. Certains y voient une influence du Cante Jondo, un chant flamenco andalou.
Vient ensuite le canto qui est composé :
  • d'une première partie appelée la tema qui expose le thème du morceau, improvisée par le chanteur soliste parfois accompagné de quelques chanteurs du chœur. On dit que le chanteur est en train de decimar bien qu'il n'utilise pas forcément la décima ;
  • d'une seconde section nommée l'estribillo (refrain) dans lequel tout le chœur ou vasallo se joint au chanteur soliste.
S'installe alors un dialogue, appelé le montuno, entre le soliste (tambour ou chanteur) qui mène l'inspiración (improvisation) et le chœur qui répète à l'unisson le capetillo (courte phrase de support/relance pour celui qui improvise). Le chanteur intercale régulièrement des lloraos, particulièrement plaintifs, dans les réponses qu'il adresse au chœur. L'intensité et le tempo de cette partie responsoriale ne cesse d'aller crescendo pour se terminer sur le cierre (phrase de conclusion).
Les textes, constitués de phrases brèves, évoquent en général les travaux agraires quotidiens des esclaves, celui du café et de la canne à sucre. La Columbia est un mélange d'espagnol avec des mots ou expressions africaines des sociétés Lucumis et Abakuás ou du culte Palo.

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